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Yazz Ahmed

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Après la sortie remarquée de son album La Saboteuse (Naïm Records) en mai dernier, la jeune trompettiste, espoir du jazz britannique, rejoint Anteprima.

Par son parcours singulier, aux frontières de nombreux genres musicaux, l’artiste britannique originaire du Bahreïn, Yazz Ahmed transforme le jazz et ce que nous en connaissons. La trompettiste et bugliste a collaboré avec Radiohead, Max Romeo ou encore These New Puritans. Au travers d’effets électroniques et de combinaisons de sons novateurs, elle cherche à façonner un univers qui lui est propre, fruit de ses origines du Golfe et de son parcours musical riche et varié en Angleterre.

Figure montante de cette nouvelle vague de musiciens qui cherchent à exploser les codes du jazz, aux côtés d’artistes clés comme Kamasi Washington , Yussef Kamaal ou encore Christian Scott , Yazz Ahmed se sent aujourd’hui plus que jamais portée par la possibilité de proposer quelque chose de neuf : “Je me sens comme partie intégrante d’un jazz qui cherche à se moderniser et à se connecter avec un nouveau public aujourd’hui, c’est excitant” , confie-t-elle.

Son tout nouvel album, La Saboteuse , est une exploration en profondeur de ses origines. Soutenue et complétée par des musiciens emblématiques d’un nouveau jazz qui innove, comme Lewis Wright (vibraphone), Shabaka Hutchings (clarinette basse) ou encore Naadia Sheriff (Fender Rhodes), La Saboteuse est porté par des rythmiques envoûtantes et ondulantes, des mélodies du Moyen-Orient et les sonorités particulières de Yazz, trompette en main.

Le nom même du disque incarne ce doute profond que porte Yazz lorsqu’elle crée ses morceaux, un doute personnifié en une jeune femme littéralement saboteuse, une sorte d’anti-muse qui anime la musicienne lorsqu’elle commence à créer. “Lui donner ce nom m’a vraiment aidé à identifier et contrôler ses émotions négatives que nous avons tous en nous, je sais ce que c’est et comment les combattre” .

Avant sa sortie en album complet, La Saboteuse fut présenté sous la forme de 4 chapitres, dévoilant petit à petit l’histoire complète portée par ce disque. Chaque chapitre se voit affublé d’une couverture dédiée, dont les illustrations ont été réalisées par Sophie Bass. Comme le précise Yazz : “C’est vraiment un élément fort, pour moi, personne n’avait jusque là créé à partir de ma musique, c’est vraiment quelque chose de spécial”.

Yazz Ahmed est née est a grandi à Bahreïn, le pays natal de son père, avant de déménager à Londres, pays natal de sa mère, à l’âge de neuf ans. C’est à ce moment là qu’elle commence à se fasciner pour le jeu de trompette de son grand-père et décide de se consacrer à l’apprentissage de l’instrument : “ Mon grand-père, le père de ma mère, était trompettiste, il m’a beaucoup inspirée. C’est ce qui m’a poussée à vouloir apprendre la trompette à l’école”. Le jazz devient pour elle la forme d’expression principale de sa musique : “J’en ai aimé l’esprit, la liberté qui s’en dégageait. Il y a beaucoup de joie, de mystère, dans cette musique, je m’y suis tout de suite sentie bien.

Le son de Yazz Ahmed est unique, ce qu’elle emprunte aux mélodies arabes donne à ses compositions une dimension cinématographique forte. Comme le développe Yazz : “J’aime les sons des musiques arabes. Les chants traditionnels sont d’une telle profondeur, sincère et passionnante. J’ai intégré ces musiques quand j’étais enfant mais tout n’est remonté à la surface que ces dernières années, dans mon jeu et mon écriture. Je veux pouvoir rassembler en un même endroit ma culture d’origine et tout l’héritage du jazz britannique, cette musique que mon grand-père me jouait”.

Dans un univers musical traditionnellement dominé par les hommes, Yazz cherche à se faire une place et à challenger les codes établis. Ce qu’elle vivait comme un frein au début s’est peu à peu transformé en une énergie forte, portée par cette nouvelle vague de musiciennes dans le jazz : “Il y a plus de femmes musiciennes de jazz, les comportements sont en train de changer. Les gens voient bien que les femmes peuvent aussi bien jouer que les hommes, que ça ne se joue pas là. Mais il y a toujours des endroits qui sont loin des nouveaux standards qui s’imposent doucement mais sûrement dans la société. C’est mieux qu’avant mais nous pouvons faire bien plus”.

Tournée vers son futur, Yazz Ahmed est une nouvelle étoile au firmament du jazz des années 2010 et au-delà. Une position qu’elle compte porter pour la suite, plus loin encore dans le cosmos et les étoiles : « Je compte écrire une pièce inspirée par la structure constamment en transformation de l’univers » , conclut-t-elle.

En tournée française pour la saison 2017/2018.