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Colin Vallon

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LE VENT

Colin Vallon - piano
Patrice Moret - contrebasse
Julian Sartorius - batterie

Enregistré le 2 avril 2013 au Rainbow Studio à Oslo, sous la direction artistique de Manfred Eicher, le Vent est le second album ECM du Colin Vallon Trio. A l’instar de ce vent que célèbre le thème titre, le groupe fonde sa singularité sur le charme d’une force paradoxale, à la fois insinuante et subtile. Semblant constamment émerger de longues plages de calme et de silence, sa musique tour à tour respire à la manière d’une brise légère ou s’enfle progressivement d’une pression toujours plus grande jusqu’à atteindre des accès de violences éruptives impressionnantes. Ce mélange de compression poétique et de tension sourde était déjà perceptible sur le premier album ECM du trio Rruga, paru il y a trois ans. Mais depuis que le pianiste et leader Colin Valon a entrepris d’écrire la majeure partie du répertoire (seule la pièce d’ouverture “Juuichi” est de Patrice Moret), et que le nouveau batteur Julian Sartorius anime l’espace de ses rythmes flottants, le groupe suisse a incontestablement investi de nouveaux territoires idiomatiques où les notions de toucher et d’inflexion s’avèrent plus décisifs dans la fabrication du discours collectif que toute velléité de virtuosité individuelle. Les mélodies se développent lentement portées à la fois par la contrebasse de Moret et le piano de Vallon, et c’est un langage définitivement neuf que le groupe met en œuvre ici, qui prend toute sa mesure dans les improvisations collectives qui achèvent l’ensemble.

Colin Vallon (né en 1980 à Lausanne) dirige ses propres formations depuis 1999. Patrice Moret (né à Aigle en 1972), a rejoint le trio de Vallon en 2004. Le pianiste et le contrebassiste ont par ailleurs eu l’occasion de développer leur complicité musicale au sein du quartet de la chanteuse albanaise Elina Duni (cf. l’album ECM Matinë Malit), dans lequel l’improvisation sort souvent des cadres de référence du jazz traditionnel. Vallon a plus d’une fois affirmé que les chanteurs avaient été une source d’influence plus importante que nombre de pianistes. Très peu concerné par la démonstration technique, Colin Vallon s’intéresse principalement au son et aux effets de textures propres à chaque accord, choisissant scrupuleusement ses notes et leur placement, de façon à faire avancer collectivement le trio dans ses improvisations.

Dans sa chronique de Rruga dans le magazine Stereophile, Thomas Conrad a écrit que la musique du trio était “exaltante dans sa façon de demeurer constamment ouverte à toute éventualité et de se développer sur la tension apparemment contradictoire entre structure et liberté. Des thèmes émergent et se transforment et se dissolvent…“ En Grande-Bretagne, dans The Independent, Tim Cumming a parlé d’un piano allusif et de figures percussives qui auraient le pouvoir de propulser l’auditeur “dans de vastes mondes souterrains peuplés de forces inexorables.“ Le concept d’une musique à la fois lyrique et minimaliste, fondée sur des pulsations légères et tirant sa puissance expressive d’une science aiguë de l’économie, est encore plus prégnant dans Le Vent, Julian Sartorius enrichissant le discours collectif du groupe de son sens des flux. Sartorius (né en1981 à Thun), joue de la batterie depuis l’âge de 5 ans. Il a étudié avec Pierre Favre et a développé au fil des années des conceptions rythmiques très avancées et tout à fait singulières. Renommé pour s’adapter à tous les contextes, il a par ailleurs enregistré plusieurs disques sous son nom parmi lesquels le coffret Beat Diary, regroupant 12 LPs de solos de percussions rendant compte d’une année de voyage rythmique.

Le Colin Vallon Trio célèbrera la parution de son disque Le Vent par une série de concerts en Suisse, en Autriche et en Allemagne. Il se produira au City Club à Pully, en collaboration avec le Cully Jazz festival (1 mars), au Moods à Zürich (5), au Treibhaus à Innsbruck (7), au Unterfahrt à Munich (8), au Bee-Flat à Berne (30 avril), à L’Azimut à Estavayer-Le-Lac (3 mai), à l’AMR à Genève (17). Par ailleurs le trio est engagé dans une série en cours de concerts au Mokka club de Thun. Il présentera son travail les 3 et 18 mars, les 1, 15 et 29 avril, et les 13 et 27 mai.

RRUGA

Colin Vallon - piano

Patrice Moret - contrebasse

Samuel Rohrer - batterie

Rruga” marque les débuts pour ECM d’un groupe véritablement exceptionnel par sa capacité à renouveler le langage traditionnel du trio pour piano en apportant tout un monde d’énergies et d’idées nouvelles. Le jeune pianiste Colin Vallon (né à Lausanne en 1980) dirige son propre trio depuis 1999 mais ce n’est que depuis 2004 que le contrebassiste Patrice Moret (né à Aigle en 1972) et le batteur Samuel Rohrer (né à Berne en 1977) l’on rejoint.
Tous trois sont à la fois de subtils improvisateurs et d’excellents compositeurs. Produit par Manfred Eicher et enregistré aux Studios La Buissonne à Pernes-les-Fontaines dans le Sud de la France, “Rruga” propose une musique à la fois puissante et pleine de sensibilité, prouvant à quel point ce groupe juvénile a su se forger en quelques années d’expériences accumulées et de travail
intensif une personnalité hors du commun.

C’est un trio pas comme les autres, dont le leader, outrageusement doué, reconnaît volontiers avoir été bien plus influencé par les chanteurs que par les pianistes. De là sans doute la propension du groupe à « chanter » de façon si singulière — privilégiant particulièrement la mélodie, les jeux d’ombres, de texture et de dynamiques. Principal mot d’ordre : la retenue. Toute envolée lyrique de la part des solistes est prohibée, le groupe fondant la tension de sa musique sur le contrôle jusqu’à ce que les énergies explosent d’avoir été si longtemps contenues.

L’une des principales sources d’inspiration ici est la musique du Caucase. Dans ces pièces Vallon et ses compagnons s’inspirent même parfois directement des traditions relevant de cette région. Une composition collective comme “Iskar“ par exemple tire son nom d’une rivière qui traverse Sofia et fait directement référence aux « Mystères des voix bulgares ». Le thème titre “Rruga” lui-même (qui signifie “voyage“ ou “chemin“) s’inspire dans sa métrique de rythmes d’Erkan Oğur, tandis que “Meral” renvoie directement aux traditions folkloriques turques. Telles sont (entre autres !) les couleurs que l’on retrouve dans la musique de ce trio.

Si pour chacun des trois membres de l’orchestre, la priorité demeure le développement du langage collectif du trio, tous peuvent se prévaloir individuellement d’une grande variété d’expériences. Rohrer par exemple a joué aux côtés du titan du free jazz Charles Gayle mais, à l’autre extrême du prisme sonore, est aussi l’accompagnateur précieux de la « poésie chantée » de Susanne Abbuehl. Il dirige par ailleurs son propre groupe Tree (avec Claudio Puntin et Peter Herbert) et continue de jouer au sein du Wolfert Brederode Quartet (un nouvel album ECM est à paraître sous peu).
Patrice Moret de son côté est un bassiste qui combine dans son jeu une certaine envergure sonore propre à l’instrument à un sens du drive tout feu tout flamme. On a pu l’entendre aux côtés de musiciens comme Uri Caine, Ellery Eskelin, Matthieu Michel et bien d’autres encore. En tant que pianiste Colin Vallon a déjà remporté de nombreux prix. Il joue dans le quartet world/folk de la chanteuse Elina Duni (tout comme Moret) mais a également collaboré au fil des années avec des musiciens comme Kenny Wheeler, Tom Harrell ou encore Kurt Rosenwinkel.

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