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Andy Sheppard

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TRIO LIBERO

Imaginé par le saxophoniste britannique Andy Sheppard, Trio Libero propose une musique lyrique pleine de grâce, d’invention et de profondeur émotionnelle. Sur ce disque fondateur, ce groupe à l’esprit frondeur transfuse ses principes libertaires jusqu’au cœur des mélodies, les faisant respirer et se développer de façon incroyablement organique. C’est une musique pleine d’espace, fondée sur la profonde indépendance de chacun des membres de l’orchestre — une musique où chaque musicien a tout l’espace pour s’exprimer individuellement et à chaque instant la possibilité d’entrer en dialogue et en interaction avec les autres. Dés le début de leur association Andy Sheppard, Michel Benita et Sebastian Rochford sont tombés d’accord sur ces grandes options esthétiques. Pour permettre au trio d’explorer ses potentialités créatrices et développer un répertoire original, Sheppard a obtenu une résidence début 2009 au Snape Maltings d’Aldeburgh.

“Je me suis contenté d’enfermer le trio dans une salle pendant quatre jours et de dire : « Allez, on improvise, on enregistre tout et on voit ce que ça donne ». J’avais apporté quelques compositions quand même, bien sûr. C’est comme ça que l’orchestre a commencé. Mais on s’est très vite aperçu qu’on était capable d’improviser des morceaux quasi entiers. Ensuite je passais juste un peu de temps pour les harmoniser et les mettre en forme, et on continuait.“ Quelques-uns des morceaux créés lors de cette première session d’exploration figurent sur ce premier disque ECM, enregistré deux ans plus tard en juillet 2011 à l’Auditorio Radiotelevisione svizzera de Lugano. La pièce intitulée "The Unconditional Secret", par exemple, est “plus ou moins la transcription littérale d’une improvisation collective créée lors de ces quatre jours de résidence à Aldeburgh.“ Un modus operandi est très vite mis en place : “improviser, transcrire, développer et puis rejouer le morceau en improvisant de nouveau — d’où le nom de Trio Libero.”

Si c’est en 2009 que les choses ont effectivement commencé pour ce trio, chacun des musiciens qui le composent avaient eu l’occasion de se croiser auparavant. Les liens entre Michel Benita et Sheppard remontent ainsi aux années 80, lorsque Sheppard vivait à Paris et que les deux hommes multipliaient les gigs dans les contextes les plus variés. Ils se sont retrouvés il y a six ans lors d’une tournée au sein du groupe de la pianiste italienne Rita Marcotulli, suite à quoi Sheppard a invité le contrebassiste à le rejoindre en 2008 à l’occasion d’un projet spécial pour le Festival de Jazz de Coutances, titré “Melody Gainsbourg”. Une célébration de la musique du célèbre auteur-compositeur-interprète français Serge Gainsbourg, on le voit assez éloigné de l’univers de ce trio. Le batteur de ce concert se trouvait être Sebastian Rochford et c’est à cette occasion que les trois musiciens se sont donc retrouvés pour la première fois à partager la même scène. “Il était clair que Seb et Michel prenaient beaucoup de plaisir à jouer ensemble, et j’ai tout de suite commencé à penser à ce qui allait devenir le Trio Libero. J’ai eu le sentiment que tout était possible avec ces deux-là !“

C’est en 2002 que Sheppard a approché Rochford pour la première fois après l’avoir vu jouer au Ronnie Scott’s Club. “On a fait quelques gigs ensemble au fil des années, mais il aura fallu attendre le projet de Coutances pour véritablement travailler ensemble de façon plus intensive.”

Très actif en tant que songwriter, compositeur et producteur dans des genres très variés mais aussi batteur d’une exceptionnelle créativité, Seb Rochford a collaboré avec un grand nombre d’artistes parmi lesquels : Yoko Ono, Patti Smith, Herbie Hancock, Marc Ribot, David Byrne/Brian Eno, Stan Tracey, ou encore le Britten Sinfonia sous la direction de Joanna MacGregor. Impliqué dans la création du groupe indie rock Babyshambles, Rochford a développé depuis ses propres groupes et projets parmi quoi Polar Bear, le nouveau groupe Jyager Bear - avec MC Jyager, Pete Wareham et Shabaka Hutchings -, le trio d’avant-garde rock Big Dave, le quartet électro-acoustique Fulborn Teversham, ainsi que Silver Birch, la nouvelle mouture du groupe auparavant connu sous le nom d’Acoustic Ladyland. Comme il aime à le rappeler l’envie de jouer du jazz lui est venu en voyant Andy Sheppard en concert dans sa ville natale d’Aberdeen lorsqu’il avait quinze ans. Il cite parmi ses influences Elvin Jones et Martin France, tous deux ayant contribué au développement d’un style de batterie très personnel faisant un usage très économe de la cymbale.

Chacun des membres du groupe est leader de ses propres formations, et c’est leur ouverture d’esprit qui permet ici l’unité du trio. Français né en Algérie, Michel Benita, qui a joué avec quelques-uns des plus grands noms du jazz, s’est révélé en tant que leader en 1990 avec un premier disque mettant particulièrement en valeur Dewey Redman aux côtés de Rita Marcotulli et Aldo Romano. En 2008 l’album “Ramblin“ a révélé son amour pour la country music, le bluegrass et le folk. Il a également collaboré au fil des années avec la joueuse de koto japonaise Mieko Miyazaki, le guitariste d’origine vietnamienne Nguyên Lê, et le « proto rapper » Jalal des Last Poets. L’esprit ouvert sur les musiques du monde entier, Benita depuis le début des années 80 n’a cessé de s’imposer comme un acteur majeur du jazz français en accumulant les concerts et les collaborations avec les musiciens locaux, expatriés ou de passage qui font la richesse de la scène parisienne. Parmi eux : Archie Shepp, Horace Parlan, Billy Hart, Joe Lovano, Bobo Stenson, Joe Diorio, Gordon Beck, Enrico Rava, Dino Saluzzi, Lee Konitz, Harold Danko, Jon Christensen, Nils-Petter Molvaer, Joshua Redman, Tom Harrell, Roy Haynes, Charlie Mariano, Peter Erskine, Kenny Wheeler, Steve Kuhn, Kenny Werner, Enrico Pieranunzi, François Jeanneau, Daniel Humair, Michel Portal, Toots Thielemans, Martial Solal, Michel Legrand, l’Orchestre de Lyon et bien d’autres encore.

Prodigieusement doué et amoureux fou de John Coltrane, Andy Sheppard a commencé le saxophone à l’âge de 19 ans et a donné son premier concert à peine trois semaines plus tard, se mettant aussitôt à jouer et à enregistrer avec la groupe Sphere basé à Bristol. Après avoir passé quelque temps à Paris et collaboré notamment au groupe Urban Sax, il est revenu s’installer en Grande-Bretagne au milieu des années 80, enregistrant l’album “Andy Sheppard” pour le label Antilles/Island, avec Steve Swallow comme directeur artistique. Cette collaboration donna naissance à une longue association musicale qui perdure encore aujourd’hui. Depuis Sheppard a enregistré pour de nombreux labels comme Blue Note, Verve, Label Bleu ou Provocateur et joué et composé une musique personnelle volontiers trans-idiomatique pour des ensembles de toutes tailles (son projet Saxophone Massive impliquait pas moins de 200 saxophonistes !) mais aussi pour le théâtre, le cinéma, la danse et le monde du multimédia. Il a joué au fil des années avec des musiciens très divers allant de Nana Vasconcelos à Han Bennink, en passant par Joanna MacGregor, Keith Tippett, L. Shankar ou Kathryn Tickell. Sollicité par ailleurs par les plus grands artistes de jazz, Sheppard a notamment collaboré étroitement avec ces exceptionnels compositeurs que sont George Russell, Gil Evans et Carla Bley. Il a enregistré énormément aux côtés de Carla Bley pour le label WATT distribué par ECM : on peut l’entendre sur les albums “Fleur Carnivore”, “The Very Big Carla Bley Band”, “Big Band Theory”, “Songs with Legs”, “The Carla Bley Big Band Goes to Church”, “4 x 4”, “Looking for America”, “The Lost Chords” ,“Appearing Nightly”, et ”The Lost Chords Find Paolo Fresu”.

Sheppard a enregistré son premier disque ECM en tant que leader en 2008. “Movements In Colour”, avec son groupe au casting international composé de John Parricelli et Eivind Aarset aux guitares, Arild Andersen à la contrebasse, et Kuljit Bhamra aux tablas, a reçu un accueil très chaleureux de la part de la presse : “Un disque subtil et bien équilibré … présentant une musique élégamment interprétée et pleine de séduction sonore … Avec son sens naturel de la mélodie et son souci des textures Sheppard est dans son élément et navigue avec aisance dans un répertoire allant du folk raffiné au latin jazz resongé en passant par des séquences aux allures quasi-symphoniques.“ (BBC Music Magazine).